30 janvier 2006
PETIT ATELIER D'ECRITURE
Voici quelques textes d'amis créés à partir de la consigne : écrivez une "biographie pour rire", un texte court à la première personne commençant par "je m'appelle" dans lequel doivent figurer les cinq expressions suivantes :
-Photographier le temps.
-A la folie.
-Beaucoup de bruit pour rien.
-Il était une fois dans la ville de Blois.
-Probablement rien à voir.
MILOU par Michèle

Je m'appelle Milou, quel drôle de nom me direz vous ? Sans doute pensez-vous chien, pas du tout. Je n'ai probablement rien à voir avec cet animal qui, si souvent fait du bruit pour rien. Non, décidément non, rien à voir : je passe mon temps à photographier le temps, le temps à la folie, c'est mon passe-temps, c'est ma vie. D'ailleurs, il était une fois à Blois une statue, probablement représentant François. Il me semblait avoir avec lui ce dialogue hors du temps, hors des mots, surtout hors des aboiements qui évoquent mon prénom. Je suis décidément mal nommé, Milou à vie !
MARIE-EMILIE par Jean-Pierre

Je m'appelle Marie-Emilie mais on m'appelle Robert, j'ai jamais compris pourquoi. Déjà, lorsque j'étais toute petite, marraine me serinait avec ses comptines : "Viens mon bonhomme, je vais te raconter une histoire ! " Pourquoi "mon bonhomme" ? Je sais bien, moi, que je suis une fille. Et c'était toujours la même rengaine. "Il était une fois dans la ville de Blois un marchand de bois qui vendait du bois, il se dit, ma foi, c'est la première fois et la dernière fois que je vends du bois dans la ville de Blois". C'est intelligent, hein !
C'est vrai qu'elle était con, mais dans le fond elle était gentille. A un anniversaire elle m'avait donné un Kodak. Je mitraillais tout ce qui passait à ma portée, tout ce que je voyais, et même ce que je ne voyais pas.
- Robert, arrête de photographier n'importe quoi !" disait ma mère.
- J'aime bien photographier le temps" ai-je répondu.
C'est là qu'ils ont commencé à me regarder avec un drôle d'air. Ça n'a probablement rien à voir, mais c'est peu de temps après qu'on m'a conduit à l'institution. Y avait un tas de gens, des docteurs, qu'ont pas arrêté de parler. De sexe et de photographie. Tout ça pour des photos du temps, du ciel, du vide...C'était vraiment beaucoup de bruit pour rien. Ils ont dit qu'avec mes idées de toujours vouloir mettre une robe, j'étais sur le chemin qui mène à la folie.
- J'm'en fous, j'les emmerde et tout c'que j'veux c'est qu'on me laisse m'habiller en fille et qu'ils arrêtent de m'appeler Robert.
FRANCOISE par Françoise C.
Je m'appelle Françoise. Parfois je me dis que mon prénom n'a probablement rien à voir avec ce que je suis vraiment. Françoise, Françoise ; toutes les filles de mon âge s'appellent Françoise. A la Libération, on aimait la patrie à la folie, c'est pour ça que je porte ce prénom... Pendant toute ma scolarité, il y avait au moins quatre ou cinq "Françoise" dans ma classe.
Moi, j'aurais aimé quelque chose de plus imaginatif, de moins passe-partout. J'aurais aimé par exemple m'appeler May, comme ma mère le souhaitait. Elle voulait me donner ce prénom en hommage à l'actrice américaine May West. Oui, décidemment j'aurais aimé ce prénom qui en plus, avait une connotation printanière, un petit air joyeux, un éclat de soleil. Je crois que mon caractère en aurait été changé : plus heureux, plus serein, plus futile.
Mais inutile de revenir en arrière, d'imaginer un album de famille rempli de portraits de la petite May avec ses joues rondes et ses tresses blondes. Personne n'a pu photographier le temps heureux de la petite May puisqu'elle n'a pas existé.
Il y a Françoise, sérieuse comme son prénom. Classique, rangée, méthodique. Femme de devoir, femme de tête, femme d'autorité. Comme c'est triste !
Et puis, zut ! Vous pensez sûrement que je fais beaucoup de bruit pour rien. Vous avez raison ! Je ne vais pas pleurnicher, il y en a bien d'autres qui auraient voulu un autre prénom, un autre caractère. Les exemples pullulent. Relisez vos classiques : "Il était un jour dans la ville de Tours, une jeune fille qui s'appelait Amour". Un vrai calvaire ; vous imaginez les quolibets à l'école ! Elle aurait aimé que ses parents la prénomment Michèle ou bien Andrée, quelque chose dans ce genre. "Il était une fois dans la ville de Blois, un jeune homme qui s'appelait Eloi". Lui, c'était le bouquet ! Il ne se passait pas un jour sans que quelqu'un lui chantonne les "Trois orfèvres". Vous imaginez l'enfer ! Lui, eh bien ! Il aurait voulu s'appeler François. Comme quoi, cré nom de Dieu, on n'est jamais content !
NICOLAS par Marie-Christine

- Je m'appelle Nicolas, me dit l'homme au téléphone. J'ai lu votre petite annonce à la boulangerie qui dit que vous cherchez un jardinier."
En effet, nous cherchions alors un jardinier ; c'était l'automne, et nous n'avions l'une et l'autre ni le temps ni le talent pour tailler le verger qui s'étirait un peu fouillis derrière notre maison. C'était un lundi en fin d'après midi. L'oeil sur l'objectif collé à une fleur d'aster Valérie était en train de photographier.
- Le temps est chaud !".
Valérie sursauta à la voix de Nicolas qui venait se présenter.
- Vous savez, chuis Picard d'adoption. C'est pas du jus de betterave qu'j'ai dans les veines ; chuis parisien, un vrai de vrai né à la Folie Méricourt dans le 11ème. Connaissez ?"
Et c'est ainsi que Valérie rata une photo et que nous fîmes connaissance avec notre homme. Il fit l'affaire, et à partir de ce jour entretint notre jardin avec application.
Cet automne là nous gratifia d'un temps particulièrement pluvieux, tempétueux, et imprévisible. Un temps de circonstance pour une saison préélectorale. Quelques candidats en course pour la mairie. Le sortant : une cynique figure prise entre deux procès et trois thés dansants. Quelques prétendants auréolés de rumeurs avant que de s'être déclarés. Et un outsider énigmatique qui se prétendait honnête et qui ne promettait rien de plus qu'une gestion rigoureuse. Mais son discours trop lisse et son joli visage suscitèrent les débats. Les sceptiques pensaient "Beaucoup de bruit pour rien". Mais très vite les platanes du village furent recouverts d'affiches :
"Il était une fois dans la ville de Blois
Un gay maire inspiré ; le régent le nomma
Ministre de la joie. Et en moins de deux mois
Dans l'horreur du stupre le pays s'enfonça".
- Quelle affaire, quelle affaire !" nous confia Nicolas.
- Quelle affaire ?" répondis-je étonnée.
- Quoi, vous n'êtes pas au courant ? Vous n'avez pas vu qu'ils ont tronçonné tous les platanes de la place du 8 mai ? Ras la moquette. Remarquez, du vrai boulot de pro.
- Non, pas vu.
- On annonce un hiver rigoureux, avec des - 15°C prévus pour Noël" enchaîna Valérie.
- Bah ! c'est pas grave, on vient de rentrer du bois, pour bien plus d'un hiver. Mais cela n'a probablement rien à voir.
FRANCOISE par Françoise P.

Je m'appelle Françoise et je me heurte à un obstacle insurmontable devant ma grille de mots croisés du Monde. C'est ma deuxième tentative infructueuse.
J'ai besoin de faire diversion. Photographier le temps en fixant le ciel à travers la fenêtre ne provoque pas l'étincelle. Je laisse mon esprit vagabonder au gré de ses idées, au fil des nuages, mais il n'y a probablement rien à voir car je reste sans réponse.
Je ne voudrais pas abandonner, ce serait un échec... toujours dur à surmonter un échec. Est-ce que je dois me taper la tête contre les murs pour sortir les mots de mon cerveau embrumé ? Ce serait beaucoup de bruit pour rien.
Voici une petite heure de mon week-end au demeurant paisible, en contraste avec mes semaines qui, depuis mon retour de vacances ont sombré dans la débilité : à nouveau, nous vivons une restructuration, avec toutes ses conséquences... c'est l'histoire de ma vie. Devrais-je avoir recours à la folie pour tenir le coup ? Comment s'évader ? (C'est là que j'ai laissé passer une semaine - mais non, quinze jours, car il y a eu le référendum - avant de reprendre le crayon). Et en parlant de référendum, il était une fois dans la ville de Blois, un maire qui ne prête ni au rêve, ni à l'évasion, et une cousine germaine dont je n'ai plus de nouvelles depuis un certain temps, mais elle ne me faisait pas rêver non plus.
Alors je suis têtue et je rêve d'Irlande malgré les encouragements très mitigés de mes amis. J'aime la verdure et le soleil : je ne trouverai pas les deux en Irlande, mais je veux retourner en Irlande où je suis allée quand j'avais quatorze ans.
Une idée fixe, ça rend service.
HECTOR par Jean-Michel

Je m'appelle Hector. Il était une fois dans la ville de Blois une fille que j'aimais à la folie. Afin de photographier le temps, je la faisais poser chaque saison sous les arbres devant la cathédrale. Pour moi, c'était formidable, pour les autres il n'y avait probablement rien à voir, aussi lorsque la foule se pressait autour de nous, chacun convenait que c'était finalement beaucoup de bruit pour rien...
18:00 Publié dans Oulipo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture
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